Ecole de Kinésithérapie de Paris

Le cadre historique

De 1847 à 1946

L’ÉCOLE des ENFANTS MALADES ou l’ancrage de la gymnastique, du massage et de la kinésithérapie

Depuis le début du 19ème siècle des médecins, des militaires et des gymnastes cherchent à développer et à démontrer le rôle de l’exercice physique appliqué aux organes de l’homme. Les médecins imposent des conditions pour que la gymnastique se pare de connotations médico-scientifiques. La volonté de contrôle des formes de gymnastique place le médecin en qualité de maître d’œuvre d’un marché en voie de développement. Des médecins orthopédistes et leurs entreprises sont à l’initiative de la diffusion d’une gymnastique thérapeutique médicale pour les troubles de la motricité et d’une gymnastique orthopédique destinée aux déviations vertébrales et autres malformations et difformités.

Dès 1847, médecins et chirurgiens de l’Hôpital des Enfants (malades) sollicitent l’organisation de leçons de gymnastique pour les enfants hospitalisés.

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Le Conseil Général des Hôpitaux charge Alexandre-Napoléon LAISNE de la direction provisoire de ce gymnase. Militaire, il est par ailleurs professeur de gymnastique de l'École Polytechnique, du lycée Louis Le Grand et directeur des gymnases des lycées de Paris. Il peut ainsi être considéré comme le premier kinésithérapeute.

On soumet des affections nerveuses comme la chorée, la danse de Saint Guy à la gymnastique que l’on combine avec les massages et les frictions. Un rapport sur le traitement de la chorée par la gymnastique est présenté à l’Académie de médecine par le Dr Germain SÉE le 10 avril 1855. Pour la première fois, un médecin des hôpitaux de Paris, spécialiste des maladies de l’enfant, présente la méthode qui guérit des affections neurologiques et comprend des séries d’exercices, des mouvements actifs, passifs, du massage et des frictions, montrant ainsi les rapports étroits et indissociables entre la gymnastique et le massage.

C’est aussi dans cet hôpital que le massage mobilise le Dr Jacques ESTRADÈRE qui en fera sa thèse inaugurale soutenue en 1863 à Paris. Elle constitue une confirmation de l’ancrage du procédé et une tentative de systématisation de la pratique. Cette thèse est le premier ouvrage qui parût dans la littérature française et étrangère sur l’ensemble des manœuvres auxquelles on donne le nom de massage. Elle sera rééditée en 1884.

Le Dr ESTRADERE soutient sa thèse devant les mêmes membres de jury que celui pour le Dr Gustave CHANCEREL, auteur d’une thèse sur l’histoire de la gymnastique médicale la même année. Ces deux thèses sont réalisées dans le service du Dr Sauveur-Henri-Victor BOUVIER, chef de service à l’Hôpital des Enfants malades, fondateur de l’orthopédie médicale. Ces deux importants travaux montrent que la science orthopédique s’appuie sur ces deux techniques. L’hôpital des Enfants malades est ainsi le lieu d’ancrage de la kinésithérapie où l’on a associé les pratiques de massage et de gymnastique médicale.

Dans la mouvance du mouvement hygiéniste, on assiste à la renaissance des thérapeutiques de l’antiquité : éducation physique, sports, pratiques thermales et hydrothérapiques, massage, épanouissement des gymnastiques (pédagogique, médicale, militaire…). Ces pratiques sont complétées d’une nouvelle méthode : la kinésithérapie (1847), terme créé par le gymnaste suédois August GEORGII pour désigner le traitement des maladies par la méthode de Pehr Henrik LING dénommée « méthode suédoise ». Ces nouvelles méthodes représentent une partie importante de la médecine curative.

Dès 1890, sous l’impulsion du praticien expérimentateur, le Dr Louis Alexandre De SAINT-GERMAIN, chirurgien des Enfants malades et du théoricien, le Professeur Edouard KIRMISSON premier titulaire de la Chaire de clinique chirurgicale des maladies de l’enfant (1901) « la gymnastique associée au massage et à l’hydrothérapie devient le traitement par excellence des déformations vertébrales », les principes sont donnés et vont constituer l’ancrage de la gymnastique orthopédique jusqu’à nos jours.

La Kinésithérapie

La genèse de la kinésithérapie s’étend entre des dates symboliques des leçons du Dr Georges DUJARDIN-BEAUMETZ sur l’Hygiène thérapeutique à l’Hôpital Cochin en 1887, à la Guerre de 1914-1918 et à ses conséquences qui place l’Etat dans une dynamique de prise en compte des blessés de guerre. Le service de santé des armées va, dans les régions militaires, ouvrir 93 centres de mécanothérapie, de physiothérapie ou de kinésithérapie. Ces centres accueillent les blessés pour leur rééducation. On y applique les agents physiques qui participent à leur récupération.
La kinésithérapie s’inscrit à un moment capital de la consolidation du champ médical où l’art de guérir doit répondre à des besoins sociétaux de soins efficaces, pour justifier l’exclusivité de la distribution des soins (Loi sur l’exercice médical 1892).
L’articulation des trois modèles de médecine, hygiénique, expérimentale et anatomo-clinique va favoriser l’émergence d’une médecine thérapeutique c’est-à-dire la partie de la médecine qui étudie et met en application les moyens propres à guérir et à soulager les malades.
C’est dans ce contexte que pénètre progressivement dans le champ médical l’application du mouvement à la thérapeutique, massage et gymnastique médicale, présentant l’avantage sur les autres agents (chimiques et physiques) de ne rien faire ingérer aux malades. L’art de guérir met en jeu des processus sociaux complexes et met en scène des pratiques populaires, apparemment séculaires les manipulations, le reboutement, le magnétisme, le massage, l’orthopédie, assurées en grande partie par des guérisseurs des aides des médecins ou de bonnes volontés, voire des médecins déclassés.

La kinésithérapie va mobiliser des promoteurs du massage et de la gymnastique médicale qui se regroupent dans une nouvelle société savante : la société de kinésithérapie en 1900. Les professeurs Jules-Etienne MAREY et Just LUCAS-CHAMPIONNIERE vont en assurer la présidence. Le monde médical et l’université vont s’investir alors dans la physiothérapie c’est-à-dire l’application des agents physiques (air, eau, électricité, mouvement) en thérapeutique. La faculté de médecine organise des congrès nationaux et internationaux sur le traitement des maladies par la physiothérapie.
La guerre de 14 interrompra définitivement ces congrès ; elle montre l’indispensable présence de masseurs pour le traitement des blessés. La pénurie de ces praticiens va entraîner la création sur le tas d’écoles de massages. On demande aux réformés, aux soldats versés dans le service auxiliaire, aux infirmiers d’apprendre en quelques semaines le massage. Des médecins sont formés à la physiothérapie à l’Hôpital du Val de Grâce ainsi que des masseurs.
Le diplôme d’infirmière en 1922 va entraîner les directeurs des écoles de massage, il en existe quatre, à solliciter un diplôme dans la mouvance de la certification des infirmières. On assiste alors à la création d’un diplôme d’infirmier masseur et un autre de masseur aveugle.

En 1943, le régime de Vichy crée un diplôme de masseur médical qui offre aux masseurs un statut légal. Le gouvernement provisoire de 1946 va réunir les masseurs et les gymnastes médicaux dans un même diplôme, le diplôme de masseur kinésithérapeute, le 30 avril 1946.

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